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Stages d’aikido

Rencontre avec l’instrugiaire

La coupe est pleine

vendredi 22 août 2008, par David Dumas

Si vous fréquentez les stages d’aikido, vous avez certainement déjà rencontré ce type de personnage :
l’“instrugiaire”. “Instrugiaire” est une contraction d’instructeur et de stagiaire. Il s’agit en fait d’un stagiaire prenant spontanément sur son temps d’entrainement pour devenir votre instructeur particulier.
Même lorsque vous n’avez pas pensé à nouer autour de la tête, votre tenugui portant l’inscription "Please, I beg you to teach me your ultimate technics", vous trouverez toujours un instrugiaire ayant une envie pressante de refaire votre instruction martiale. Ne le ratez surtout pas !
Son esprit d’abnégation le conduira à dépenser une incroyable énergie pour essayer de vous faire progresser. Par pur altruisme, il perdra le temps précieux qu’il pourrait consacrer à essayer de reproduire ou de comprendre les techniques du professeur donnant le cours pour vous les expliquer. Car les techniques du sensei, l’“instrugiaire” les maitrise déjà. Il ne sera donc avare ni en paroles ni en blocage et saura vous expliciter en détails la théorie qui sous-tend ce qui vient d’être démontré.
Même si vous en avez la possibilité, il serait dommage de lui montrer que votre technique pourrait passer malgré son blocage. Nul ne sait pourquoi mais l’“instrugiaire” pourrait arrêter de vous instruire et se murer dans un silence improductif. Préférez lui le henka waza [2] qui pourra donner lieu à un échange plus constructif et lui laissera la possibilité de corriger à nouveau votre technique, ou encore de vous signaler que ce n’est pas la technique demandée.
Il peut aussi être instructif parfois de bloquer subtilement la technique d’un “instrugiaire”, juste pour voir. Vous pourrez assister la plupart du temps à un développement passionnant, sur le fait qu’il n’avait pas parfaitement appliqué la théorie suscitée, et d’autres fois à une mise en boucle infinie qui ne s’arrêtera que lorsque vous relâcherez le contrôle.
Quand à l’application d’un kaeshi waza [3] sur un “instrugiaire”, je le déconseille, bien que, je le confesse, j’en ai fait moi-même un usage immodéré dans le passé. Il n’y a pas encore de preuve scientifique, mais tout laisse penser que le kaeshi waza fasse bugger l’“instrugiaire”.
J’ai pu constater personnellement les réactions les plus surprenantes, l’“instrugiaire” pouvant par exemple reprendre son explication depuis le début comme si de rien n’était, avoir des propos totalement incohérents, ou simplement vous saluer et partir. Vous aurez là encore perdu une occasion inespérée de profiter de son savoir.
Enfin, quand viendra le moment où vous souhaiterez mettre fin à ses explications afin qu’il en fasse profiter quelqu’un d’autre, évitez le regard agacé ou méchant, l’“instrugiaire” n’est pas programmé pour le comprendre. Je me suis laissé dire que le regard interrogatif légèrement débile à la Jim Carrey était bien plus efficace.
Heureusement qu’il n’y a pas de compétition en aikido, car sinon, il n’y aura pas, ou beaucoup moins d’“instrugiaire”. Alors qui sait peut être vous aussi, en vous entrainant à répéter quelques vérités absolues empruntées un prof en et ressorties hors contexte, telle que : "plus souple", "vers le haut", "droit vers le bas" ou encore "Maitre X fait toujours comme ci" vous pourrez vous aussi assumer un jour ce rôle prestigieux.

Notes

[1] Variante technique

[2] Variante technique

[3] contre

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2 Messages de forum

  • Rencontre avec l’instrugiaire

    3 septembre 2008 17:20, par Xavier

    Bonjour,

    "ou simplement vous saluer et partir." Ce qui démontre au moins que l’instrugiaire est un aïkidoka ou pratiquant d’art martial (au moins en partie) !

    A distinguer du gougnafier qui lui ne saluera pas. Il a tort, on peut faire passer tellement de messages dans la façon de saluer (c’est mesquin, mais ça soulage) même si ce n’est pas conforme au "Reï au début, reï à la fin."

    A noter que le gougnafier appartient (presque) toujours à un autre mouvement/fédération/art martial ce qui prouve : 1) qu’il n’est pas finalement totalement idiot et se méfie d’être trop grossier avec ceux qu’il a des chances de revoir. 2) que la pratique d’un art martial développe bien un minimum d’instinct de survie au moins sociale.

    Le gougnafier du même mouvement/fédération/art martial est une espèce rarissime. Je n’en ai peut être rencontré qu’un à qui j’avais indiqué avant qu’il ne me luxe ou qu’il me casse qu’il fallait que je travaille doucement et qui m’a planté là sans un mot ni salut pour rechercher un partenaire sans doute plus "martial". Je ne l’ai jamais revu (une autre fédération ?).

    Ceci dit on peut être tous un peu instrugiaire. Personnellement j’ai toujours apprécié ceux qui me montaient une variante ou m’expliquaient un détail, à condition que l’on pratique ce qui est demandé et montré. L’instrugiaire est comme le saké : à déguster (systématiquement pour le second, éventuellement pour le premier) mais avec modération.

    Bravo à David pour ce billet plein d’humour.

    Amitiés

    Xavier

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  • Rencontre avec l’instrugiaire

    10 août 2010 11:31, par sophie

    Et si l’"instrucgiaire" est sourd et que ces remarques désordonnées visent uniquement à faire parler le partenaire pour comprendre quelque chose qu’il n’a évidemment pas entendue ?

    Sophie

    Répondre à ce message


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